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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 22:45
« Andrée Carof vient de mourir ! » Cette nouvelle se répandait le 31 mai dernier, au matin, dans notre petite ville, provoquant de toutes parts une surprise douloureuse et jetant les pauvres et les nombreux amis de la défunte dans la consternation. Elle était si connue et si bonne !… On n’avait rien su de sa maladie. Et peu de jours auparavant, on la voyait aller comme d’habitude, exubérante de jeunesse et de vie. Et tout de suite , on plaignait celui dont elle était la fidèle collaboratrice et vers qui se portent plus que jamais  toutes les sympathies, M. Joannès Joergensen.
Andrée Carof naquit à Annecy, le 10 août 1893, dans la maison de sa grand’mère paternelle . Son père, Georges Carof, alors capitaine, fils du contre-amiral Théophile Carof et de Madame, née de Kermarec, descendait d’une de ces vieilles familles bretonnes chez qui la noblesse d’âme et la foi catholique se confondent dans une même tradition.
Andrée perdit sa mère à l’âge de 2 ans, mais trouva une excellente éducatrice dans la personne de mademoiselle Clémentine Georges, morte il y a peu d’années, qui sut développer les talents variés de son élève. Celle-ci, artiste née, étudia la peinture, la musique, aussi la sculpture, d’abord à Nantes où son père se trouvait alors en garnison, puis à Paris, suivant les cours de l’école des Beaux-Arts.
Un séjour qu’elle fit en Bavière, en 1905-1906, accompagnée de son père, de sa sœur aînée et de l’institutrice, et pendant lequel elle fréquenta musées, théâtres et concerts, perfectionna ses connaissances en matière d’art et dans la langue allemande.
Mais son cœur l’inclinait davantage vers l’Italie.
Or, au printemps de 1914, Joannès Joergensen vint à Paris, appelé par l’Institut Catholique, pour donner une série de conférences sur st François d’Assise, la bienheureuse Angèle de Foligno, ste Catherine de Sienne, ste Brigitte. Comme Andrée avait lu déjà les ouvrages traduits du conférencier, elle lui fut présentée, s’intéressa vivement à ses travaux et s’orienta à son tour vers le franciscanisme dont elle posa elle-même les bases spirituelles par son entrée dans le Tiers-Ordre.
Survint la guerre. Le commandant Carof fut tué en janvier 1915. Alors Andrée commença d’aller habiter en terre franciscaine, et bientôt se réfugia, comme une enfant reconnaissante et dévouée, auprès de celui qui lui avait montré le chemin et dont l’Ombrie était devenue la seconde patrie.
C’est par le pinceau et les crayons qu’elle collabora d’abord à l’œuvre de l’éminent écrivain. Le Feu Sacré, en 1917, Sainte Catherine de Sienne, en 1918, parurent en français ornés de ses .illustrations. Puis, quand elle eut appris la difficile langue danoise, elle devint, en plus, la traductrice habituelle dont les traductions servirent à de nouvelles publications en langues diverses :  la Montée de l’Alverne, 1923; le Livre d’Outre-Mer, 1928 ; Fructus Olivae, 1930. Ce dernier ouvrage cependant fut illustré par un de ses cousins, François de Marliave.
Elle laisse, presque terminée, une traduction des écrits de la bienheureuse Battista Varani (1458-31 mai 1527) pour laquelle elle s’était prise d’une grande dévotion.
Mais ce qui l’a rendue populaire à Assise et lui valait l’affection de tous, c’était, bien plus que ces dons de l’esprit, les rares qualités de son âme.
Elle était pieuse, d’une piété solide, aimable, mais qui ne transigeait pas. Et l’accomplissement de ses devoirs religieux allait parfois jusqu’au scrupule. Elle était charitable. Les pauvres le savaient et en abusaient. Sa main s’ouvrait sans cesse pour glisser l’offrande dont ses amis n’osaient lui reprocher le minimum trop élevé.. Elle était douée surtout d’un cœur qui souffrait des souffrances d’autrui, et cherchait à y porter le baume. Très courageuse, elle avait une manière alerte, enjouée, de relever les courages. Sa gaieté _ naturelle et surnaturelle _ , sa conversation animée et variée dissipait les pires mélancolies.
Ils le savaient bien, les habitués ou invités du logis, là-haut, sur les sommets d’Assise, où l’accueil toujours cordial, mais un peu grave du maître, ne trouvera plus la contrepartie de son beau sourire et de sa conversation animée !
Mais elle ne supportait aucune médisance et voyait venir de loin le propos malicieux et peu bienveillant pour le prochain, ou la discussion irritante sur des sujets dangereux. Elle les détournait, si elle pouvait, ou les corrigeait spontanément et sans faiblesse, mais sans offenser pour autant le coupable, parce qu’il y avait de l’humilité et de la délicatesse dans sa parole comme de la rectitude dans son jugement.
Comment ne l’aurait-on pas aimée dans Assise !
On le lui prouva au jour douloureux de ses funérailles.
C’est le soir de l’Ascension qu’elle était entrée à l’hôpital de Foligno _ son cher Foligno qu’elle chérissait pour tant de souvenirs religieux et où elle avait voulu se remettre entre les mains d’un praticien habile _ et c’est le soir de l’octave, précisément ce 31 mai, anniversaire de la mort de la bienheureuse  Varani, qu’en sortait sa dépouille mortelle, accompagnée des Tertiaires de la ville et du petit groupe des intimes amis de la région et étrangers.
Par la route en lacets et qui demeurait encore enchanteresse malgré la cruauté des circonstances qui la faisaient gravir, on atteignit les hauteurs d’Assise et la cathédrale, où une foule immense, à l’intérieur et sur la place, attendait le cortège. Après les Vêpres des défunts et l’absoute, ce furent les jeunes gens du Cercle Catholique qui portèrent le corps jusqu’au cimetière, en dépit d’une pluie diluvienne qui mit leur générosité reconnaissante à une dure épreuve.
Dans la petite chapelle du Campo Santo, où purent pénétrer le clergé, les religieux et un nombre restreint de privilégiés, le podestat Arnaldo Fortini prononça l’éloge de la défunte en termes émus qui résumèrent cette existence si courte, mais si pleine et si belle…Et puis l’on entendit les adieux déchirants et paternels de celui qui voulait rendre grâce pour dix-neuf années de collaboration journalière et sans désaccord et auxquels répondirent seuls pendant de longues minutes les larmes et les sanglots de l’assistance.
Tant il est vrai qu’il existe une fraternité des âmes qui s’élève au-dessus des frontières et des intérêts politiques en lutte pour s’unir dans la charité et la paix du Christ.
F.E. La Croix, 21 juin 1933
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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 12:34

 

Maurice Bellet
« La quatrième hypothèse. Sur l’avenir du christianisme »

 



“ Oh, est-il encore quelque chose qui puisse nous rassembler tous, nous les humains,
et qui porte encore la mémoire du Ciel et l’espoir de la Terre nouvelle, quelque chose
qui ressemble à l’antique prière, mais lavée, purifiée, libérée, quelque chose comme
le cri d’un désir si profond qu’aucun mot ne peut l’épuiser ?
Quelque chose qui puisse habiter le doute, l’angoisse, la mortelle tristesse,
le fond de l’abîme, et nourrir jusqu’à cet en-bas la grande faim humaine,
la faim d’amour.
Que nous puissions écouter, venant d’au-delà du monde, ce qui fait lever
en ce monde de cruauté et de désarroi, la joie neuve ?
Quelque chose que le plus dur ou le plus amer scepticisme, que le deuil
le plus sombre ou la haine elle-même puissent habiter, car ils y sont traversés
de ce qui se tient en amont et vient de plus bas, ce je ne sais quoi qui échappe 
à  tout pouvoir et à toute prise, cet infime et moins que rien où
s’annoncent, pour l’homme de la nuit, la fraîcheur de l’aube et l’imminence du soleil.
Oh, par-delà tout ce qui sépare, le lien que rien ne pourra rompre,
car il est par-delà tout devoir et tout droit, la joie pure de l’existence de l’autre,
qui nous tire de l’horreur solitaire.
Par-delà tout ce qui veut la mort et la tristesse, un chemin de vie traversant
les morts elles-mêmes, toutes celles où se morfond la vie.
Une abyssale humilité, qui ne réclame pas, n’exige plus, si humble
que nul n’en est humilié, une pauvreté souveraine qui partage ce qui est sans prix,
la douce présence, l’étrange douceur où se goûte qu’être humain parmi les humains,
 c’est être hors des griffes de l’en-bas pervers et meurtrier.
Et si, décidément, vous voulez que soit dit le nom de Dieu, nous dirons que
c’est ainsi que se retrouve enfin ce qui s’était perdu dans les sables et marécages :
 la toute-puissance de Dieu.
    Le Dieu sauvage, Maurice Bellet, éd. Bayard, pp. 141-142.


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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 12:04

4)   Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
Avis et Maximes (n° 307-319 in trad. Oeuvres spirituelles, Seuil 1947, p. 1226)



      Le Père céleste a dit une seule parole : c'est son Fils. Il l'a dit éternellement et dans un éternel silence. C'est dans le silence de l'âme qu'elle se fait entendre.
      Parlez peu, et ne vous mêlez pas des choses sur lesquelles vous n'êtes pas interrogé.
      Ne vous plaignez de personne ; ne faites jamais de questions ou, s'il le faut absolument, que ce soit en peu de mots.
      Veillez à ne contredire personne, et ne vous permettez jamais une parole qui ne soit pas pure.
      Quand vous parlez, que ce soit de façon à n'offenser personne, et ne dites que des choses que vous puissiez sans crainte dire devant tout le monde.
      Ayez toujours la paix intérieure ainsi qu'une attention amoureuse pour Dieu, et quand il faudra parler, que ce soit avec le même calme et la même paix.
      Gardez pour vous ce que Dieu vous dit, et souvenez-vous de cette parole de l'Écriture : « Mon secret est à moi » (Is 24,16)...

      Pour avancer dans la vertu, il est important de se taire et d'agir, car en parlant on se distrait, tandis qu'en gardant le silence et en travaillant, on se recueille.
      Dès que l'on a appris de quelqu'un ce qu'il faut pour l'avancement spirituel, il ne faut pas lui demander d'en dire davantage ni continuer à parler, mais se mettre à l'oeuvre sérieusement et en silence, avec zèle et humilité, avec charité et mépris de soi.
      Avant toutes choses, il est nécessaire et convenable de servir Dieu dans le silence des tendances désordonnées, comme de la langue, afin de n'entendre que des paroles d'amour.

 

 

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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 15:35

LA DIVINE DOUCEUR est paix, profonde paix, paix miséricordieuse, apaisement.

C'est une main douce et maternelle, qui sait, qui conforte, qui répare sans heurt, qui remet dans la juste place.
C'est un regard comme celui de la mère sur l'enfant naissant. C'est une oreille attentive et dis- crète, que rien n'effraie, qui ne juge pas, qui prend toujours le parti du bon chemin d'homme, où l'on pourra vivre même l'invivable.
Elle est ferme comme la bonne terre sur qui tout repose. On peut s'appuyer sur elle, peser sans crainte. Elle est assez solide pour supporter la détresse, l'angoisse, l'agression, pour tout supporter : sans faiblir ni dévier. Elle est constante comme la parole du père qui ne plie pas. Ainsi est-elle le lieu sûr, où je cesse d'être à moi-même frayeur.
C'est pourquoi c'est sottise de la croire faiblesse. Elle est la force même, la vraie, celle qui fait venir au monde et fait croître. L'autre, celle qui détruit et tue, n'est que l'orgie de la faiblesse.
Mais la divine douceur est une douce fermeté, car pas un instant elle ne blesse le cœur, elle ne meurtrit ce qui est au cœur de l'homme, où il trouve vie.
La divine douceur sauve tout, elle veut tout sauver. Elle ne désespère jamais de personne. Elle croit qu'il y a toujours un chemin. Elle est inlassablement inlassable à enfanter, soigner, nourrir, réjouir et conforter.
La divine douceur est charnelle, elle est du corps. Elle ne se passe pas en idées et discours, en décisions, en états d'âme. Elle ne se soucie pas d'exhorter ou d'expliquer.
Elle est dans les mains, le regard, les lèvres, l'oreille attentive, le visage, le corps entier. Elle est dans les gestes du corps. Elle est l'âme aimante du corps agissant. Elle est la beauté aimante du corps humain.
La divine douceur est sans preuve. Elle ne se donne pas par des arguments, des explications, des justifications. Elle paraît naïve et désarmée devant le soupçon; en fait, elle y est indifférente.
Car elle se goûte. Pourquoi divine ? Parce qu'elle ne serait pas humaine ? C'est tout l'inverse: elle est divine d'être humaine, entièrement humaine en vérité.
    Elle est l'amour d'amitié. Elle est l'amour par-delà l'amour, parce qu'elle ne cherche ni preuve, ni satisfaction, ni possession, ni rien de semblable. Elle ne se donne pas par devoir, mais par goût. Elle ne sait même pas qu'elle se donne. Elle est d'un naturel exquis.
Elle peut se faire service, et de mille façons. Mais elle est d'abord elle-même, ô douceur divine, et ce don-là précède tous les autres.
Elle est présence, elle est hospitalité, elle est parole échangée. Elle est compassion. Elle est la discrétion même.
Oh, qu'elle est désirable ! Elle est le sel de la vie.
Le moment où on le sait, c'est celui de la douleur.


L’épreuve. Ou le tout petit livre de la divine douceur, Desclée de Brouwer, Paris, 1988, pp.13-15.

 
 http://www.mauricebellet.eu/v1/index.php?option=com_content&task=view&id=11&Itemid=9

 

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